Mohd Yunus - L'union des artisans et des paysans contre la sécheresse

Pataudi, un village sur le point de se transformer

Pour atteindre Pataudi, il faut sortir de Delhi en passant par Gurugram (également connue sous son ancien nom, Gurgaon), immense ville satellite hérissée de buildings ultra modernes. Tristement célèbre pour avoir été nommée ville la plus polluée au monde (IQ Air Visual et Green Peace) elle est pourtant l’un des centres financiers majeurs d’Inde.

Après avoir traversé cette image contradictoire et angoissante du futur, on atteint un paysage qui ressemble davantage à ce que l’on imagine de l’Haryana, une campagne verdoyante, mais étrangement poussiéreuse.

Au milieu de cet État d’Haryana, rural mais menacé par le désert du Thar qui avance inexorablement, Pataudi fait figure de village charmant. En regardant son architecture encore champêtre, et ses maisons peintes en briques de couleurs, il est glaçant de penser que l’on prévoit déjà l’assimilation de Pataudi par l’immense Gurugram.

Jadis, ce village était la capitale de l’un des innombrables états princiers d’Inde, gouverné par une dynastie de Nawabs aujourd’hui reconvertie au cricket et aux grands rôles dans Bollywood. Leur palace est devenu hôtel de luxe, mais ils imposent encore un peu de leur autorité, en louant leurs terres aux paysans du village.

Malgré le caractère presque idyllique de Pataudi, commune où Hindous et Musulmans semblent coexister en paix, l’arrivée de Gurugram se fait déjà sentir. Malgré son économie encore principalement agricole, de plus en plus d’hommes partent travailler à Gurugram en s’isolant de leurs familles. En parallèle, la spéculation immobilière commence à s’emparer de terres agricoles, au grand dam des paysans.

Pour empirer la situation, la plupart des paysans de Pataudi perpétuent certaines mauvaises pratiques agricoles héritées de la Révolution Verte, telles qu’un usage excessif de pesticides et de brûlis, qui appauvrissent les terres.

Mohd Yunus, un artisan qui a lutté pour défendre son savoir-faire ancestral

Enfants de paysans pauvres, Mohd Yunus est le fondateur d’un atelier d’artisans construit avec le soutien de TARA Projects. Il a choisi de perpétuer le savoir-faire de ses ancêtres en produisant de l’artisanat Sajai, une tradition vieille de plusieurs siècles, en voie de disparition.

Le Sajai est une façon de décorer et embellir le métal, par un processus de soudage et de décoration de petites pièces de métaux. Processus lent et minutieux, il se termine par des incrustations de pierres semi-précieuses et par le polissage du bijou. Jadis, le Sajai se faisait avec de l’or et de l’argent, mais ses coûts importants ont fait que les artisans se tournent vers le laiton et le cuivre.

Du temps des Moghols, les courtisans impériaux arboraient des bijoux conçus en technique Sajai . Depuis la colonisation britannique, cette technique est également devenue populaire en occident, et elle est employée pour créer des cadres de photos, des petites « boîtes à pilules » et autres bijouteries.

Comme beaucoup d’artisans insérés dans le commerce équitable, Yunus a commencé par travailler dans le commerce conventionnel, où son savoir-faire ancestral était exploité par des revendeurs sans scrupules. Dans les années 1990, il a entendu parler du commerce équitable et il a approché TARA Projects afin de découvrir de meilleures techniques pour faire connaitre son travail.

L’alliance avec TARA a porté ses fruits : alors qu’il travaillait avec 2 artisans, son atelier comporte à présent 25 artisans permanents, dans un bâtiment propre et organisé. Avec ses nouveaux revenus, il est parvenu à payer les études de ses enfants (l’un d’entre eux suit des études de médecine, l’autre de la comptabilité et le troisième l’assiste dans l’atelier), et il a déjà été interviewé par le média indien MBI24.

L’union avec les paysans pour arrêter la sécheresse

 

L’atelier de Yunus a contribué à freiner l’exode rural, en permettant aux habitants de Pataudi de garder et renforcer leur lien social : il reçoit beaucoup de jeunes et de femmes qui cherchent à payer leurs dots et devenir économiquement indépendantes. Dans certains cas, le salaire des artisans est meilleur que celui qu’ils pourraient espérer à Gurugram : en effet, ils gagnent entre 8500 et 10500 roupies par mois selon leurs capacités.  Ils ont également formé un fond commun de santé et d’aide à l’éducation des enfants.

En tant qu’habitants d’une région rurale menacée par la désertification, les artisans de l’atelier de Yunus sont très conscients de l’environnement, et on construit un puits, un verger et un toit végétalisé, en cultivant sans pesticides. Ces initiatives ont été entreprises aussi pour démontrer aux paysans de la zone qu’il est possible de cultiver sans pesticides.

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En effet, après avoir fondé son atelier équitable, Mohd Yunus a voulu suivre les 10 principes établis par les organisations du commerce équitable. Le premier d’entre eux est celui de créer des possibilités pour les producteurs économiquement défavorisés ou marginalisés. En constatant la difficulté des paysans de Pataudi à confronter la sécheresse, Yunus a mobilisé son équipe d’artisans pour leur prêter main forte.

L’un de leurs projets emblématiques a sans doute été la construction d’immenses réservoirs d’eau de pluie, qui ont permis d’endiguer la sécheresse dans certaines régions agricoles. Ce projet a d’ailleurs été couronné d’un tel succès que le gouvernement d’Haryana a entrepris d’en construire d’autres.

-Manuel-Antonio Monteagudo

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